Un amant sous les glaïeuls
Elle ratisse, elle bine
Il faut bien passer le temps
Sa retraite se dessine
En quelques bouquets ardents
Ici ce myosotis
Lui rappelle un souvenir
Pour le peu qu’il refleurisse
Il aura de qui tenir
Là-bas sous les chrysanthèmes
Elle a mis ce qu’il fallait
Le terreau de ses « Je t’aime »
Dans un cercle de galets
Elle composte, elle butte
Pour le dire avec des fleurs
Dès que la saison débute
Elle y cueille des senteurs
Rouge sang d’un hortensia
Pour quelques amours anciennes
À l’ombre du forsythia
Quelques prénoms lui reviennent
Dans son tout nouveau costume
Pavoise l’épouvantail
Sur ce massif on présume
L’imminence des semailles
Elle sarcle, elle rempote
Pour occuper ses dix doigts
Repiquant pour l’anecdote
Un légume d’autrefois
Et pour ne pas usurper
Son surnom de femm’ fatale
Là, dans sa pharmacopée
L’arum et la digitale
Qu’on lui tresse des lauriers
Qu’on encense sa main verte
On ne peut répertorier
Les secrets de cette experte
Elle marcotte, elle taille
En reine du sécateur
Soucieuse du détail
Elle aligne ses tuteurs
Quand les langues se délient
Il se dit chez les voisines:
« Par ici les pissenlits
Se mangent par la racine »
Mais savourant un fruit mûr
Elle bénit sa patience
Se disant que la fumure
Est d’une belle efficience
Elle terrasse, elle plante
En vous parlant de ses roses
S’extasiant sur une mante
Quand un mâle l’indispose
Si certains l’on courroucée
Tant pis pour leurs abattis
Il ne fallait pas pousser
Mémère dans les orties
Quand vient le temps d’arroser
Là-bas près du grand tilleul
On peut entendre causer
D’un amant sous les glaïeuls
Elle désherbe, elle bêche
Fleurissant ses platebandes
Si la terre est encor’ fraîche
L’asticot en redemande
Que revienne le printemps
Elle admire le lilas
Se disant avec le temps:
« Qu’ai-je bien pu planter là »
Mais si vous l’interrogez
Sur son goût du jardinage
Elle dit d’un air léger:
« Tout ça n’est plus de son âge »
Philippe Thivet
(17/07/2026)