Je n’ai pas la télé
Si j’ai le rêve astronaute
Au prime time de la Lune
Tu peux bien m’y prendre en faute
De n’y pas capter la Une
Quand imaginant l’ennui
Au blanc de mes quatre murs
Tu ne peux penser tes nuits
Sans l’écran qui te rassure
Je vois encor’ tes gros yeux
Ton petit air incrédule
Pouvant me croir’ contagieux
Ou pensant que je fabule
Pardonne mon mauvais tour
De farceur un peu zélé
De t’avoir dit sans détour
Que je n’ai pas la télé
Toi qui ne te souviens pas
T’être plongé dans un livre
Ou ni même d’un repas
Sans une émission à suivre
Je comprends mieux ton effroi
Ton sincère apitoiement
Quand de ton bel écran-roi
Je nie le couronnement
Tu y consacres tes heures
Seul à seul, en face à face
Pour nous dire en connaisseur :
Faut voir les conn’ries qui passent
Je dois te croir’ sur parole
À défaut de m’en mêler
Car je suis un cas d’école
Non, je n’ai pas la télé
Toi dont le dernier concert
Est celui des Enfoirés
Peux-tu dire à quoi me sert
De te chanter mes soirées
Quand pour toi le cinéma
Est un spot entre deux pubs
Que sur ton écran plasma
La musique s’ingère en tubes
Tu t’étonnes, l’œil moqueur
D’un poème récité
Quand toi tu connais par cœur
Toutes les publicités
Non, tu ne peux pas comprendre
Me prenant pour un fêlé
Préférant aller te pendre
Que de vivre sans télé
Tu effeuilles ton bouquet
Dans ton champ de satellites
Semblant avoir le hoquet
À zapper toujours plus vite
L’écran plat de tes nuits blanches
Ronfle un peu quand tu t’endors
Tu dis, vivement dimanche
Pour ta séance de sport
Pour qui ne peut s’ennuyer
Qu’avec ce bon alibi
Ne pas être appareillé
Est sans doute une lubie
Je dois bien le reconnaître
Tu peux me trouver zélé
Si je dis qu’à ma fenêtre
J’ai la Lune pour télé
Oui, je suis un mécréant
À l’heure de ta grand-messe
Dieu est un écran géant
Qui ne tient pas ses promesses
Tu trouves la chose insane
À quoi bon me flageller
Ell’ n’est même pas en panne
Non, je n’ai pas la télé
Non, je n’ai pas la télé
À Bernard…
Philippe Thivet
(28/07/2022)