Notre immense besoin d’amour
La coulisse où tout se trame
Et cet l’art d’en faire un drame
Notre aspiration au noir
Ce besoin de se fair’ voir
Les tentacules du trac
Le corps qui vide son sac
La violence et la colère
L’air de n’ pas en avoir l’air
Et malgré tous nos détours
Notre immense besoin d’amour
La danse au bord du volcan
L’inconfort de nos carcans
Nos égos de saltimbanques
Et toujours ce foutu manque
Cet alcool qui nous tient chaud
Nos étreintes de manchots
Cette absence à rendre dingue
Nos thérapies sur le zinc
Sans trompette ni tambour
Notre immense besoin d’amour
Nos écrits dans les tiroirs
Nos plats dans l’eau du miroir
Le noir autour de nos yeux
Et ce trou en plein milieu
Nos transes de fous à lier
Ce besoin de s’oublier
Ce goût de s’anéantir
Ces boulets rouges qu’on tire
Dans la foule tout autour
Notre immense besoin d’amour
Ce qu’on sait de la jouissance
Notre part d’incohérence
Les roses que l’on effeuille
Le poids écrasant des deuils
La quête de Pina Bausch
Tous ces mots qu’on se reproche
L’insondable appel du vide
Ce mal-être au creux du bide
Pesant le contre et le pour
Notre immense besoin d’amour
Le fauve en nous qui se terre
L’incendie qu’il faut fair’ taire
Ce corps qui nous trahira
Ce grand vide entre nos bras
Nos foutues timidités
Tout ce temps à s’éviter
Les insultes, les mots crus
Ce silence qui nous tue
Dans le décompte des jours
Notre immense besoin d’amour
Nos feintes indifférences
Les blessures qui élancent
Ce qu’on croit savoir du sexe
Et l’assaut de nos complexes
En vers, en prose ou en cris
La dose que l’on prescrit
Ce grelot que l’on agite
Le bouffon qui nous habite
Comme un appel au secours
Notre immense besoin d’amour
Nos petits matins blafards
Nos pauvres gueules sans fard
Cette envie de vivre encore
Et de la chaleur des corps
La sueur, les larmes, le sang
Le désir incandescent
L’ivresse qui nous oublie
La banquise de nos lits
Dans le froid du petit jour
Notre immense besoin d’amour
Cette envie de se détruire
De se chercher, de se fuir
Le trop-plein, le dérisoire
Peut-être l’envie d’y croire
Nos remparts de solitude
Nos belles inaptitudes
Cette folie ordinaire
Nos raisons démissionnaires
Et pesant toujours plus lourd
Notre immense besoin d’amour
Nos pertes et nos fracas
Ce besoin d’en fair’ grand cas
L’assaut de lucidité
Et l’envie de tout quitter
Les blasphèmes, les prières
La brûlur’ de la lumière
Nos clashs, nos like, nos tags
Nos caresses et nos dagues
Et toujours, toujours, toujours
Notre immense besoin d’amour
À la buée du hublot
Ce cœur que l’on jette à l’eau
À Sarah Kane…
À Sébastien et au Groupe 24…
Philippe Thivet
(21/12/2025)