Le silence après l’amour

Voici le corps qui se demande
S’il est bien sûr d’avoir tout dit
Puis le répit de quelques glandes
Touchant peut-être au paradis

L’ombre passant de ce reproche
De cet élan trop animal
Les peaux encor’ qui se rapprochent
Se demandant où est le mal

Les mots perdus lèvres exsangues
Le calme issu de la tempête
Ce goût sur le bout de la langue
L’histoire encor’ qui se répète

Et la vie qui suspend son cours
Dans le silence après l’amour

Voici peut-être la pudeur
Se relevant de la bataille
Et ce petit sourir’ frondeur
Disant qu’il n’y a que ça qui vaille

L’écoute enfin du voisinage
Est-c’ que les murs ont des oreilles
Le rouge aux joues, le cœur en nage
Les sens enfin qui s’ensommeillent

Les yeux timides qui se cherchent
Le souffle un peu qui se retrouve
Le bout des doigts tendant leur perche
Les sentiments que l’on éprouve

Et la vie qui suspend son cours
Dans le silence après l’amour

Voici le lit qui se souvient
Dans le secret de ses reliefs
Le prochain mot que l’on retient
Le souffle attendu d’un grief

La mer étale du désir
Et le reflux de ces fluides
L’écho encore du plaisir
Qui vous remonte au creux du bide

À peine un geste suspendu
Les corps gisant sur le coton
Le prochain désir attendu
Les mains se cherchant à tâtons

Et la vie qui suspend son cours
Dans le silence après l’amour

Voici dans les plis du tissu
Quelques indices accablants
Et témoignant à notre insu
Cet épiderme encor’ tremblant

Quelque langueur demandant grâce
L’amorce encore d’un soupir
Le plafond qu’on regarde en face
L’envie déjà de s’assoupir

Les mots qu’on n’ose pas encore
Le corps vaincu, le cœur battant
Les bouches scellant cet accord
De prendre tendrement leur temps

Et la vie qui suspend son cours
Dans le silence après l’amour

Philippe Thivet
(14/10/2026)