Si le saule pleurait de joie
Bien sûr le monde et ses eaux troubles
La pluie battante qui redouble
Cette eau qui coule de nos yeux
Et nos petits matins pluvieux
Bien sûr le flou de nos reflets
L’envie de s’y trouver moins laids
Le vent dans tes cheveux mouillés
Ce temps qui nous a dépouillé
La pluie aux vitres des fenêtres
Le printemps qui tarde à renaître
Cette beauté peut-être
Qui nous laisse sans voix
Et si le saule pleurait de joie
Bien sûr les ombres qui vont boire
Narcisse au plat de son miroir
Les fauves qui se désaltèrent
Et toutes leurs proies moutonnières
Bien sûr le plomb de nos racines
L’identité qu’on nous assigne
L’appel du large qui nous perd
Cette envie de se fair’ la paire
L’ombre passant dans ton regard
Tous ces bras morts où l’on s’égare
Cette beauté sans fard
Qui nous laisse sans voix
Et si le saule pleurait de joie
Bien sûr la danse des remous
Ce que l’eau emporte de nous
Les ombres que le soir étire
La manie de s’attendre au pire
Bien sûr l’été qui s’en va lent
Et l’ombre de nos bras ballants
La goutte d’eau où l’on se noie
Le vent sur nos coquill’s de noix
Le lent espoir du goutte à goutte
Les amis que l’on perd en route
Cette beauté sans doute
Qui nous laisse sans voix
Et si le saule pleurait de joie
Bien sûr l’écorce de nos peaux
Quand l’avenir est aux copeaux
L’automne aux blés de nos cheveux
Et le corps qui passe aux aveux
Bien sûr le chant des feuilles mortes
Ce que le temps et l’eau emportent
Les soirs d’hiver où l’on s’enlise
Ces flots noirs que la lune irise
L’amour qui nous ramène au port
Le stimulus du pétrichor
Cette beauté encore
Qui nous laisse sans voix
Et si le saule pleurait de joie
Oui, si le saule pleurait de joie
Oh, si le saule pleurait de joie
Philippe Thivet
(09/04/2026)