Sous l’écorce

Sommes-nous de ce bois dont fait les icônes
Ou même de celui dont on fait les matraques ?
Sommes-nous de ce chêne où l’on taille les trônes
Ou de ce noisetier dont on bande les arcs ?

Sommes-nous ce grand saul’ pleurant à pleines feuilles
Ce bois laissé pour mort qui revit au printemps ?
Sommes-nous le sapin tremblant à chaque deuil
Ou bien le bois précieux que l’on abat pourtant ?

Sommes-nous cette trique ou plutôt ce tuteur
Ce vieux bâton de marche ou ce bois de potence ?
Sommes-nous une mann’ pour le sylviculteur
Ou du bois d’allumette de moindre importance ?

Que se fende l’écorce
Où bouillonnent nos sèves
Pour dire à toute force
Le bois dont on se rêve

Sommes-nous de ce bois taillé pour l’aventure
Grand voilier ou radeau allant au gré des vents ?
Sommes-nous vénérable ou tout juste bouture
Centenaire noueux ou pampre paravent ?

Sommes-nous peuplier recelant sa Joconde
Ou de ce bois de caisse résonnant de vide ?
Sommes-nous de la branch’ dont on tire les frondes
Pour le chant d’une flût’, de ce bois qu’on évide ?

Sommes-nous du fagot faisant les feux de joie
Ou de ce bois trop vert qui enfume son monde
Sommes-nous bois ciré des intérieurs bourgeois
Ou palmier d’oasis que l’on cherche à la ronde

Que se fende l’écorce
Où bouillonnent nos sèves
Pour dire à toute force
Le bois dont on se rêve

Sommes-nous cette poutre dans l’œil du voisin
Frisottis de copeaux sous la gouge ébéniste ?
Sommes-nous une esquisse à l’ombre de fusain
Sonate au clair de lun’ sous les doigts du pianiste ?

Sommes-nous bois flotté entre flux et reflux
Ou bien cheval de Troie affûtant ses échardes ?
Sommes-nous palissade ou planche de salut
Echelle vermoulue, salutaire rambarde ?

Sommes-nous bois bandé ou trop frêle ramure
Grand platane à cigal’s, décharné par l’hiver ?
Sommes-nous bois de ronce entre épine et fruit mûr
Du bois dont on se chauffe ou volée de bois vert ?

Que se fende l’écorce
Où bouillonnent nos sèves
Pour dire à toute force
Le bois dont on se rêve

La Belle au bois dormant attend son étincelle
Et qu’importe l’essenc’ pourvu qu’on ait l’emploi
Le chêne peut-être ne se rêve qu’ombrelle
Obéit-elle au vent cette branche qui ploie ?

Obéit-elle au vent cette branche qui ploie ?

                                                 à Eléna Iourevnas…

Philippe Thivet
(17/02/2018)

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×