Et Brest…

Et Brest était luisante
Tout juste après la pluie
On dirait qu’il n’y vente
Que pour chasser l’ennui

Si j’y reprends la route
Comme un nouveau départ
A chaque pas je doute
D’arriver quelque part

Je dormirai ce soir
Dans un lit de hasard
Au bonheur illusoire
D’être de nulle part

Et Brest envoie au ciel
L’appel des remorqueurs
L’Abeille* fait son miel
Quand l’écume est en fleur

Voilà déjà le pont
Qui enjambe le fleuve
En bas les moussaillons
Louvoient tout ce qu’ils peuvent

J’y traverse à pied sec
L’Elorn et ses eaux vertes
Le vent à coups de bec
Met les sens en alerte

Et Brest encor’ s’écoule
Dans le fond de la rade
En transvasant sa foule
De ses quais à ses rades

Je m’en vais sac au dos
Pour mieux longer la côte
Mon cœur est un radeau
Guettant la marée haute

Les frondaisons fredonnent
Des histoir’s de marins
Et déjà je m’étonne
D’en savoir les refrains

Que Brest me pardonne
De tourner les talons
Mais le temps nous talonne
Et le voyage est long

Dansant dans le reflux
Des mouettes de plein champ
Poursuivent un chalut
Aux remous paysans

Un chien de ferme aboie
Je passe mon chemin
Chacun veut fair’ sa loi
Quatre patte(s) ou deux mains

Et Brest embrase l’eau
Par le feu de sa nuit
Marins et matelots
Y brûlent leur ennui

Si le beau nom d’Iroise
M’a fait rêver souvent
C’est à pied que j’y croise
Repensant à Ouessant

J’irai poser mon sac
Quelque part sur la lande
Ce soir, je suis en vrac
Demain, j’en redemande

Et Brest n’est plus qu’un point
Perdu sur l’horizon
Je la salue de loin
Nous nous reconnaissons

Philippe Thivet
 (GR34, 03/05/2017)

 

* Abeille Bourbon: Remorqueur de haute mer basé à Brest.

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