La mémoire est un mensonge

De l’enfance qui remonte
Comme un saumon la rivière
A l’histoir’ qu’on se raconte
En pensant être sincère

De ce trait qu’on enjolive
Sans même s’en rendre compte
Aux icebergs à la dérive
Sur l’eau de leur propre fonte

Nous la pensions une éponge
La mémoire est un mensonge

D’une époque doucereuse
Au vent de la nostalgie
A cette photo trompeuse
Où n’apparaît pas l’ennui

De la vie qu’on a rêvée
A cell’ que l’on aura eue
Savamment entremêlées
Par le temps dans son chahut

Pour le peu que l’on s’y plonge
La mémoire est un mensonge

De ce bouillonnant chagrin
Devenu un ruisselet
A la force de ce grain
Dont l’esprit fait un bouquet

Du passé que l’on conjugue
Dans le flou plus-que-parfait
A celui que l’on élude
Dans nos souvenirs distraits

Pantin dont le nez l’allonge
La mémoire est un mensonge

Y aurons-nous vu des phares
Où n’étaient que des lampions ?
Le passé est un brouillard
D’où l’on se sort à tâtons

Aussi loin que l’on y songe
La mémoire est un mensonge

 Philippe Thivet
(03/05/2013)

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