Les chevaux du Devon

(A Heather Jansch, dompteuse de bois flotté)

Si la marée au grand galop
Rassemble ici tout son troupeau
Au manège des bois flottés
Tout reste encore à inventer

Si la marée là-bas se cabre
Sur les méandres d’un vieil arbre
L’artiste voit dans ses fagots
Le bois dont on fait les chevaux

Et la marée qui s’époumone
Glisse ses lames bûcheronnes
Au débardage des tempêtes
Pour y tailler ses allumettes

Et la marée qui vient mourir
Sent déjà la croupe frémir
Entre les mains de la statuaire
Tout à leur grâce d’écuyères

Si la marée verse à la butte
Sa cargaison de matièr’ brute
Un étalon déjà prend corps
Sous les embruns des picadors

Si la marée en fait sa part
En polissant ces bois épars
L’artiste met son grain de sel
Pour animer son carrousel

Et la marée en amazone
Chevauche au cœur de son royaume
Quelque pur-sang venu des îles
Sculpté au bois de son exil

Et la marée tumultueuse
Se couche aux pieds de la glaneuse
Dans ses veines coule la sève
Qui donne vie au bois de grève

Si la marée se garde à flot
La Mémoire du vieux Léo
L’ombre des chevaux ras s’immisce
Entre la laisse et les abysses

Si la marée vaille que vaille
Mène ses chevaux en bataille
Mille sabots à fleur d’écume
S’inventent des naseaux qui fument

Et la marée dans ses colères
Lui jette en volées de bois vert
L’éclat de ces chevaux sauvages
Qu’elle dompte à même la plage

Et la marée prend ses grands airs
Ebouriffant quelques crinières
A l’abordage du Devon
Voyez ces chevaux qui moutonnent

Philippe Thivet
(21/11/2016)

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